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Optimisation fiscale transfrontalière pour les gestionnaires de patrimoine suisses

Auteur : Familiarize Team
Dernière mise à jour : December 25, 2025

Les gestionnaires de patrimoine suisses opèrent dans un environnement hautement réglementé où les considérations fiscales transfrontalières peuvent affecter de manière significative les rendements nets des clients. L’interaction entre la supervision fédérale par la FINMA, les régimes fiscaux cantonaux et les traités fiscaux internationaux crée une matrice complexe qui exige une approche systématique et axée sur les données. Ce guide vous accompagne à travers les composants essentiels d’un programme d’optimisation fiscale transfrontalière robuste, des fondations réglementaires aux étapes pratiques de mise en œuvre, garantissant la conformité tout en maximisant la performance après impôts pour les clients à valeur nette élevée.

Aperçu

L’optimisation fiscale transfrontalière pour les gestionnaires de patrimoine suisses n’est pas un exercice unique. Cela nécessite une compréhension approfondie de trois piliers fondamentaux :

  1. Supervision de la FINMA - L’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers suisse exige que toute activité de conseil impliquant une optimisation fiscale pour des clients ayant des actifs dépassant 100 millions de CHF soit documentée, évaluée en termes de risque et conforme à la circulaire Intermédiaires financiers (mise à jour en 2025). Cela inclut la divulgation obligatoire des structures offshore, des registres de propriété bénéficiaire et une analyse claire de l’adéquation du client.
  2. Paysage fiscal cantonal - Les 26 cantons de la Suisse fixent chacun leurs propres taux d’imposition sur les successions, la richesse et le revenu. Par exemple, Zug offre un impôt sur les successions de 0 % pour les descendants directs, tandis que Genève impose jusqu’à 8 % sur la même base. Les gestionnaires de patrimoine doivent donc adapter les stratégies au domicile du client et à l’emplacement des actifs sous-jacents.
  3. Traités fiscaux internationaux - La Suisse dispose d’un vaste réseau d’accords de double imposition (ADI) avec plus de 90 juridictions. Ces traités dictent les taux d’imposition à la source, les règles de planification fiscale et l’applicabilité du Plan d’action sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS) de l’OCDE.

Un programme d’optimisation réussi intègre ces couches dans un modèle de soutien à la décision unifié qui quantifie les rendements après impôt dans plusieurs scénarios, signale les alertes réglementaires et recommande des actions de structuration concrètes.

Cadres / Applications

1. Moteur de cartographie fiscale basé sur les données

Au cœur du processus d’optimisation se trouve un Tax Mapping Engine (TME) - une feuille de calcul ou, de préférence, un outil logiciel dédié qui ingère les données des clients (emplacement des actifs, résidence légale, citoyenneté, sources de revenus) et produit une matrice des taux d’imposition applicables par juridiction. Les principales entrées comprennent :

  • Classification des actifs - Immobilier, actions, capital-investissement, investissements alternatifs, actifs numériques.
  • Structure Juridique - Propriété directe, société de portefeuille, société fiduciaire privée (PTC), fondation, véhicule offshore.
  • Résidence cantonale - Détermine les taux d’imposition sur la richesse et les successions.
  • Éligibilité au Traité - Vérifie les dispositions de la DTA pour les impôts retenus à la source réduits.

Le TME doit être actualisé trimestriellement pour tenir compte des changements législatifs, tels que l’amendement cantonal de 2024 dans le canton de Vaud qui a introduit un supplément d’impôt sur la fortune pour les actifs supérieurs à 50 millions de CHF.

2. Structuration du Playbook

Sur la base de la sortie TME, les gestionnaires de patrimoine peuvent choisir parmi une gamme de structures éprouvées :

  • Société de Holding Suisse (SHC) - Centralise les investissements étrangers, bénéficie de l’exemption de participation et peut être domiciliée dans des cantons à faible imposition comme Zug.
  • Société de fiducie privée (PTC) - Offre confidentialité et planification successorale flexible ; doit être enregistrée auprès du registre du commerce cantonal et divulguée à la FINMA.
  • Fondations (Stiftung) - Idéal pour les dons caritatifs et la préservation de l’héritage ; soumis à la supervision cantonale et à un capital minimum de CHF 50 000.
  • Véhicules Offshore - Utilisés pour les avantages des traités ; doivent être déclarés dans le registre de propriété bénéficiaire de la FINMA et se conformer à la Norme commune de déclaration de l’OCDE (CRS).

Chaque structure est évaluée selon un Tableau de Score Risque-Rendement qui équilibre l’efficacité fiscale, l’exposition réglementaire, la complexité opérationnelle et les préférences des clients.

3. Stratégies de financement fiscalement efficaces

L’effet de levier peut être utilisé pour réduire la richesse imposable. Les gestionnaires de patrimoine suisses utilisent souvent le financement par la dette où un client emprunte contre des actifs de portefeuille, réduisant ainsi la base de richesse nette soumise à l’impôt sur la fortune cantonal. Considérations clés :

  • Déductibilité des intérêts - Doit être effectué à des conditions de marché et documenté conformément aux directives de FINMA sur les Intermédiaires financiers.
  • Limites de Leverage - La FINMA fixe le levier pour les gestionnaires d’actifs agréés à 3:1 pour les actifs non immobiliers.
  • Gestion des garanties - Assurez-vous que les actifs mis en gage sont correctement enregistrés et que le contrat de prêt est conforme au Code des obligations suisse.

4. Fiscalité des actifs numériques

L’essor des crypto-actifs ajoute une nouvelle dimension. Le cadre Conservation des actifs numériques de la FINMA pour 2025 exige que les avoirs en crypto soient déclarés dans la déclaration fiscale du client, les plus-values étant généralement exonérées pour les particuliers mais imposables pour les structures d’entreprise. Les gestionnaires de patrimoine devraient :

  • Classer les avoirs en crypto - En tant qu’actifs privés (exonérés d’impôt) ou actifs d’entreprise (imposables).
  • Arrangements de garde de documents - Utilisez des dépositaires approuvés par la FINMA pour satisfaire aux obligations AML/KYC.
  • Intégrer la crypto dans le TME - Inclure des actifs basés sur la blockchain dans la cartographie fiscale pour capturer toute retenue d’impôt sur les titres tokenisés.

5. Analyse de scénario et tests de résistance

En utilisant des simulations de Monte-Carlo, les gestionnaires de patrimoine peuvent modéliser l’impact des changements réglementaires potentiels (par exemple, une augmentation proposée des taux d’imposition sur la fortune cantonale) sur les rendements après impôts. La simulation alimente le manuel de structuration, incitant à des ajustements préventifs tels que le redomiciliation des avoirs dans un canton à imposition plus faible ou la conversion d’un véhicule offshore en une PTC suisse.

Spécificités locales

Paysage réglementaire de la FINMA

La circulaire Intermédiaires financiers de la FINMA pour 2025 impose les obligations suivantes aux gestionnaires de patrimoine fournissant des conseils fiscaux transfrontaliers :

  • Documentation - Une politique d’optimisation fiscale écrite, une évaluation de l’adéquation du client et un dossier d’évaluation des risques pour chaque engagement de conseil.
  • Rapport - Divulgation de toutes les structures offshore dans le Registre de la Propriété Bénéficiaire dans les 30 jours suivant l’intégration du client.
  • Surveillance de la conformité - Audit interne annuel des activités d’optimisation fiscale, avec des résultats rapportés au conseil d’administration.

Les gestionnaires de patrimoine en dessous du seuil de 100 millions CHF d’AUM ne sont pas tenus d’être licenciés, mais la FINMA s’attend à des contrôles basés sur des risques raisonnables dans le cadre général de la Gestion des Risques.

Nuances de l’impôt cantonal

Canton Taux d’Impôt sur la Fortune Impôt sur les Successions (Descendants Directs) Caractéristiques Notables
Zug 0,1 % (faible) 0 % Pas d’impôt sur les successions ; attrayant pour les sociétés de portefeuille.
Genève 0,2 % 0 % - 8 % (progressif) Impôt sur les successions plus élevé ; nécessite une planification successorale soigneuse.
Vaud 0,15 % 0 % - 12 % Introduit un supplément d’impôt sur la fortune de 2024 pour >CHF 50 M.
Schwyz 0 % (pas d’impôt sur la fortune) 0 % Idéal pour les structures de consolidation d’actifs.

Les gestionnaires de patrimoine devraient aligner le domicile du client avec le régime cantonal le plus favorable, tout en respectant les liens personnels et professionnels du client.

Considérations sur les traités internationaux

Le réseau DTA de la Suisse offre des taux d’imposition à la source réduits sur les dividendes (généralement 15 % réduits à 5 % en vertu de nombreux traités) et sur les intérêts (souvent 0 %). Cependant, le Test du But Principal (PPT) introduit par l’OCDE en 2023 peut refuser les avantages des traités si le principal objectif d’une structure est l’évasion fiscale. Les gestionnaires de patrimoine doivent donc :

  • Document de Substance Économique - Montrer de réelles activités commerciales dans la juridiction du partenaire au traité.
  • Maintenir la documentation sur les prix de transfert - Aligner les prix inter-entreprises avec les normes de pleine concurrence.
  • Surveiller les règles anti-abus - Restez informé des dispositions anti-abus spécifiques aux traités, telles que la clause de Limitation des avantages dans le traité États-Unis-Suisse.

Étude de cas : Alpine Wealth Partners

En 2024, Alpine Wealth Partners a restructuré le portefeuille d’un client fortuné pour minimiser l’exposition fiscale transfrontalière. Le client détenait des actions cotées aux États-Unis, des biens immobiliers au Royaume-Uni et des actifs cryptographiques. Les étapes prises :

  1. Création d’une société holding suisse à Zug pour centraliser les actions étrangères, en tirant parti de l’exemption de participation.
  2. Création d’une société de fiducie privée à Genève pour les actifs immobiliers au Royaume-Uni, garantissant la conformité avec la convention de double imposition Royaume-Uni-Suisse et offrant un chemin de succession clair.
  3. Utilisé un dépositaire de crypto-monnaies approuvé par la FINMA et classé les actifs cryptographiques comme des avoirs privés, exemptant ainsi les gains en capital.
  4. Mise en place d’une ligne de financement par endettement contre le portefeuille, réduisant la base de richesse nette soumise à l’impôt sur la fortune cantonal.
  5. Réalisation d’un test de résistance Monte-Carlo pour modéliser une augmentation hypothétique de 0,05 % de l’impôt sur la richesse cantonal, confirmant que la structure conservait un avantage de rendement après impôt de 2,3 %.

L’approche globale a satisfait aux exigences de documentation de la FINMA, évité la double imposition et a permis une amélioration du rendement net après impôts de 1,8 % par rapport à la structure précédente du client.

Questions fréquemment posées

Quelle règle de la FINMA régit les conseils fiscaux transfrontaliers pour les gestionnaires de patrimoine suisses ?

La circulaire Intermédiaires financiers de la FINMA exige des processus d’optimisation fiscale documentés et des évaluations de l’adéquation des clients.

À quelle fréquence un gestionnaire de patrimoine suisse devrait-il examiner les taux d'imposition cantonaux ?

Au moins une fois par an, ou après toute modification majeure de la loi fiscale dans un canton.

Un gestionnaire de patrimoine suisse peut-il utiliser des structures offshore sans notification à la FINMA ?

Non, les structures offshore doivent être divulguées dans le cadre du reporting sur la propriété bénéficiaire de la FINMA.